"J’aime bien le train, on a le temps de regarder". La phrase est simple, presque triviale. Elle n’est pas la déclaration enflammée d’un amour dévorant, mais le murmure songeur de quelqu’un qui se laisse doucement bercer, les yeux glissants sur le paysage, par le roulis régulier d’un wagon.
Dessinés à la première personne, ces instantanés hypnotiques se succèdent au gré de l’écoulement des heures, des changements de lumière, ou du passage d’un contrôleur. Du train, expérience d’un lieu suspendu, à la fois présent et déjà passé, collectif et solitaire, Yann Kebbi ne retient que des fragments : épier son voisin dans un reflet, coller son front à la vitre et scruter les jardinets qui défilent… Alerte, curieux ou contemplatif, le voyageur n’est plus défini, le temps d’un trajet, que par ce qu’il voit.